• After Life

    Bonjour à vous tous,

    Voici un nouveau projet de fiction.
    Depuis la fin de ma première fic Genesys 0, en deux parties, j'ai arrêté d'écrire des fics, et fait pas mal de roleplay à pavés. Cela à amélioré ma capacité d'écriture, et aussi maintenant, avec le recul, je trouve que cette fic' était trop naïve, alors voilà, j'ai commencé à imaginer une nouvelle histoire totalement différente, mais qui restera dans un style sérieux. J'espère que ça vous plaira, et je vous encourage vivement à laisser un commentaire quand vous avez fini un chapitre, ça fait vraiment chaud au cœur. :)

    Sur ce je vous souhaite bonne lecture ~



  • Introduction




    Tokyo, ère actuelle


    Tokyo, joyau d'entre les joyeux, une ville qui a su mêler tradition et modernité. Ancienne capitale de l'ère Edo, aujourd'hui encore elle incarne le rêve de milliers, voir de millions de jeunes à travers le monde. Une ville couronnée d'une aura de lumière, et pourtant, car pourtant il y a, ainsi que l'énoncent les principes du Ying et d Yang, dans toute lumière il y a une part d'ombre. Et cette part d'ombre, ce sont probablement les Yakuza.
    Les Yakuza sont ceux qui agissent dans l'ombre, un vaste terme qui recouvre toutes les organisations du crime, organisés en clan, au sein du Japon. Lorsqu'un clan monte en influence, il gagne de l'argent, et l'argent est le pouvoir, et le pouvoir procure l'argent. Il est alors inévitable que lorsque plusieurs clans de Yakuza montants gagnent en influence dans une même ville, ils vont se disputer immanquablement le pouvoir sur cette ville. Et souvent, ces disputes peuvent finir par se régler par une baston dans les règles de l'art. C'est ici que commence cette histoire.

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    Le vent soufflait. Mais contrairement aux contes de bons enfants, ici, la douce brise ne soulevait pas l'herbe verte, seulement quelques sacs plastiques qui trainaient par terre. Il n'y avait pas non plus de bon air à respirer, ou de magnifique panorama devant lequel s'émerveiller, seulement un grand terrain vague, qui servait depuis longtemps déjà de dépotoir public aux habitants des quartiers pauvres en bordure de Tokyo. Et puis là, sur ce terrain vague, il y avait deux groupes de personnes qui se faisaient face. La mine patibulaire, les deux bandes se toisaient avec une expression de férocité, et pourquoi ça? Car il avait été convenu communément qu'en ce jour précis, les deux clans Chogari et Toyamu s'affronteraient en ce lieu précis, afin de déterminer qui serait digne d'être le clan qui contrôlerait Tokyo. Ceux du gouvernement pouvaient dire ce qu'ils voulaient, ceux qui avaient réellement le pouvoir étaient ceux qui œuvraient dans l'ombre. Alors, ils étaient, plusieurs dizaines, même plus d'une centaine. Et c'est dans l'un de des groupes, celui du clan Chogari qu'était en quelque sorte ce qu'on pourrait appeler notre personnage principal.





    Il pouvait les sentir, ces bâtards de Toyamu, il n'attendait plus qu'une chose, que le combat commence enfin, il n'en pouvait plus de rester debout à regarder la sale tronche de ces types, il voulait se lancer dans la bataille et faire ce pourquoi il était le meilleur: se battre. Et alors, ils tomberaient tous, tous, et apprendraient ce qu'est la rage de celui qu'on appelle le Chien Noir, lui. Ils étaient un peu plus d'une cinquantaine des deux côtés, ça allait être un carnage.
    Un de Toyamu s'avança et prit la parole.

    " - Alors les gonzesses, on a peur? Et bah vous avez raison, car d'ici quelques minutes ce dépotoir pourri sera recouvert de votre sang! Mourir dans la merde sera la meilleure tombe qui pourra vous être faite les mecs!
    Son regard narquois les balayaient d'un air supérieur. Il allait le buter, il allait le buter cet enfoiré. Mais alors que sa rage bouillonnait, un des leurs s'avança pour répondre.
    - Hé, vous parlez de sang, mais je crois que ceux qui vont pisser le sang ici, c'est vous, quand vous allez avoir vos putains de règles! Attendez, quoi? Vous êtes des hommes?? Nooooooon, pas possible! Il fit semblant d'avoir l'air étonné en fixant d'un regard béât la bande d'homme dont l'amour propre venait de prendre un coup. Le "leader" des Toyamu sembla ne pas apprécier.
    - Espèce de... " Et il passa la main sous sa veste pour se saisir de quelque chose, mais il ne fut pas assez rapide, car à peine avait eut le temps de saisir la crosse de son revolver qu'une détonation retentit et qu'une balle lui traversa le crâne. Le corps sans vie tomba aux pieds de la bande des Toyamu, et alors ce fut le signal, les deux bandes se ruèrent l'une sur l'autre dans un cri de rage.


    Enfin, le combat commençait! Il se rua en première ligne en sortant son sabre d'une main et dégainant son pistolet de l'autre. Il sauta sur le premier qu'il croisa, et avant que le moindre signe de réaction ne fut manifesté, il trancha la gorge dans une effusion de sang. Il devait s’assurer de rester en première ligne, car une fois qu'il serait emporté par la rage du combat, il risquerait de ne plus faire de différence entre alliés et ennemis. Sa réputation dans le coin n'était plus à faire: Ryusuke Kohaku, le Chien Noir, le Chien de Jirocho, qui a les dents longues et qui mord fort.
    Il se battait, il tranchait d'une main, il tirait de l'autre, il ne savait pas trop si il avait une réelle raison de faire ça, mais il s'en fichait, du moment qu'il se battait il se sentait vivant et c'était tout ce qui importait. Le combat continuait, et plus le temps passait, plus son visage était couvert de rouge, mais pas de son sang. Les deux côtés avaient déjà essuyé des pertes, mais de son côté à lui, les ennemis tombaient un par un, et il continuait à avancer. Parfois, sous ses pieds il entendait un bruit sourd "crak", et il savait qu'il venait de perturber le repos d'une âme fraîchement décédée, mais sa rage demeurait sourde à tout ressentiment, sa rage était celle d'un chien enragé, il ne cesserait de grogner tant qu'il n'aurait pas attrapé l'os.
    Mais son corps lui n'était pas sourd. Il n'existait pas d'humain capable de se battre indéfiniment comme un diable sans jamais s'épuiser. Il avait déjà tué plus d'une dizaine d'ennemis, mais il continuait encore et encore, et pourtant, même si il était plus couvert du sang d'autrui que de son propre sang, son corps commençait à fatiguer. Un couteau lui entailla le torse, il poussa un cri de rage et se regarda qui était le coupable. Il vit alors qu'il était cerné par un groupe de trois ennemis, dans l'ivresse du combat il ne s'était pas rendu compte qu'il avait été isolé, et maintenant voilà qu'il était encerclé. Tandis que le bruit de la bataille faisait rage, un étrange calme de tension se créa entre les quatre hommes, chacun attendant que quelqu'un commence. Une balle perdue durant le combat vint ricocher contre une pierre qui était à l'intérieur du cercle, le bruit produit détourna le regard des quatre combattant un instant, et ce fut alors le moment choisi par l'un des trois opposants pour engager les hostilités. Armé d'un katana, il avait profité que son regard fut détourné pour le charger. Ryusuke esquiva de justesse l'attaque en se décalant sur le côté, puis contre attaque en lui tranchant la nuque, il eut alors juste le temps d'éviter une balle tiré par celui qui se trouvait maintenant à sa droite, mais la balle vint quand même lui traverser la main gauche, celle dans laquelle il tenait son pistolet. Dans la douleur il lacha l'arme et fondit sur l'attaquant avec son sabre. Une balle tiré avec précipitation vint se loger dans sa cuisse, Ryusuke se mordit alors les lèvres de douleur mais ne freina pas sa course. Le tireur tenta une vaine attaque au corps à corps avant de se retrouvé transpercé par une lame bien aiguisé. Mais alors qu'il voulut retirer son sabre du corps sans vie, un pied vint se loger dans sa mâchoire et l'envoya à terre. C'était celui au couteau, le dernier des trois, qui avait profité du manque d'attention pour attaquer traitreusement. Desormais sans arme, le Chien Noir se hâta de se relever puis se jeta sur l'ennemi. Les deux opposants se débattirent pendant quelques secondes au sol, avant que Ryusuke ne réussisse finalement à désarmer son adversaire puis se serve du côuteau nouvellement acquis pour l'égorger. Poussant un soupir de soulagement, il se releva pour aller cherche son sabre, mais ce petit combat dans la bataille lui avait fait oublier qu'ils n'étaient pas les seuls ennemis. Alors qu'il se penchait pour reprendre le katana planté dans un cadavre, il ressentit cet instinct, cet instinct du combattant qui vous faisait ressentir le danger. Mais c'était trop tard, il n'eut que le temps que de tourner vivement la tête en arrière pour voir un pistolet braqué sur lui à quelques mètres, puis sentir une balle lui traverser la poitrine.

    Son corps tomba alors en avant, et il sentit sa tête heurter le sol. Ryusuke voulut se relever, mais tout ce qui se produit fut un vomissement de sang venant de sa bouche. Son regard se flouta. Il allait vraiment mourir comme ça? Tué par quelqu'un dont il n'avait pas eu le temps de voir le visage? En gisant dans la boue? Comme un moins que rien? Comme...un chien? Alors que ces question survenaient dans sa tête, il essaya de se remémorer sa vie rapidement pour voir si il avait des regrets. Et alors...il se trouva que non, il n'avait pas le moindre regret, il n'avait rien accomplit durant sa vie, il avait juste vécu comme un chien depuis le début, une vie de merde, une vie sans regret car il n'y avait rien dedans qu'on puisse regretter. Après tout c'était peut être normal, il était né dans la merde, et maintenant il crevait dans la merde. Si il avait put parler encore, il aurait rit ironiquement. Alors, avec ses dernières forces, il tourna sa tête de l'autre côté, à l'opposé des combats, là où il n'y avait personne. Et tandis que son regard devenait de plus en plus flou, il crut distinguer à plus d'une dizaine de mètres une femme. Une femme? On aurait dit qu'elle regarda par là, qu'elle regardait vers lui. Non, il était surement en train de délirer. Ses paupières se fermèrent doucement.
    Mais vraiment, de toutes les dernières visions possibles, pourquoi...une...femme....
    ...boum...
    ...boum.......
    ...boum...........
    ....
    ....
    ....




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  • Chapitre I: Utopia





    Le noir. Le noir total. Le noir qui consume l'âme et le corps. Les ténèbres sans nom et sans fond. Un abysse infini dans lequel il n'y a rien, ni douleur, ni tristesse, ni joie, ni colère, le néant. Où était-il? Pendant combien de temps allait-il encore tomber? Il avait l'impression que cette chute durait depuis une éternité. Etait-ce donc ça la mort? Une chute sans fin dans des ténèbres insondables. Assez. Assez. Assez. ASSEZ! Il voulait crier, hurler, à s'en déchirer la gorge, à s'en percer les poumons, mais il n'y avait rien, pas le moindre bruit, pas même le moindre chuchottement. Le silence absolu. S'aggriper, il fallait s'accrocher à quelque chose pour cesser de tomber, quelque chose, n'importe quoi, mais il est idiot de chercher "quelque chose" dans un espace où la notion même de "quelque chose" n'existe pas. Mais alors, comment pouvait-il tomber si il était dans le néant? D'ailleurs, était-il en train de tomber, ou bien de voler? Il n'avait aucun moyen de savoir, car il ne voyait rien, ne sentait rien, pas même son corps, il avait l'impression d'être une simple conscience lachée dans ces abysses, sans corps, sans sensation. C'était là la plus grande torture, c'est quand il n'y a pas la moindre douleur que la souffrance est la plus grande. Il n'en pouvait plus, il n'en pouvait plus, il n'en pouvait plus, il n'en pouvait plus, que quelque chose se passe!
    Soudain, une lumière. UNE LUMIÈRE. Non, était-ce une lumière? Il n'en savait rien, puisqu'il ne voyait rien. Simplement, il sentait..non, il savait, sans savoir pourquoi, qu'il se produisait quelque chose. Il essaya de se débattre comme un diable, avec un corps qui n'existait pas, curieuse métaphore, pour aller vers cette "lumière", tel l'insecte misérable qui est attiré vers la lumière qui provoquera sa perte. Il se savait proche, il savait qu'il se rapprochait, sans savoir pourquoi cependant. Et alors, ce fut seulement lorsqu'il se sentit le plus proche de cet objectif, que l'implacable piège se referma. Tout s'écroula, le néant s'effondra, le "rien" devint précisément "quelque chose" en cet instant où il se détruisit, tel un cycle de renouvellement condamné à l'auto destruction.

    Ryusuke ouvrit les yeux, lentement, douloureusement. Douloureusement? Est ce ses sensations étaient revenues? Il essaya de bouger les doigts: il sentait bien sa main, il sentait tout son corps. Que diable se passait-il? L'instant d'avant il était plongé dans des sortes de ténèbres totales, et maintenant, il voyait clairement de la lumière et pouvait distinguer des choses floues, il sentait son corps, il sentait la froideur du sol sous son dos, il respirait l'air, comme si...comme si il était vivant. Mais n'était-il pas sensé être mort? N'avait-il pas été transpercé par une balle dans le coeur, il était absolument sûr d'être tombé à terre et d'avoir rendu son dernier souffle. A moins..qu'il n'ait survécu par miracle? Non, impossible. C'était clairement impossible. De toute façon, le seul moyen de savoir était de regarder autour de lui. Il essaya de se relever en prenant appui sur ses coudes. Ce fut douloureux et laborieux, mais il réussi finalement à se redresser légèrement, et tenta alors de regarder autour de lui, malgré le flou qui envahissait son champs de vision. Mais il ne tint pas longtemps, il fut bientôt obligé de relâcher ses coudes et de retomber allongé par terre, mais au moins avait-il pu voir vaguement certaines choses: et ce n'était rien qui ressemblait à l'endroit de sa présumée mort. Merde, le sommeil, lourd comme le plomb, venait l'assaillir, la bataille était trop inégale, et bientôt Ryusuke s'endormit sur le sol.

    " ..e...o...a..?"
    Uh?
    " He..on..ote..ava..?"
    Est ce que quelqu'un était en train de lui parler?
    " Hey oh, toi là, ouais toi, tout va bien mon pote? "
    Il avait ouvert les yeux, et à sa grande surprise, sa vision ne fut plus floue et son corps avait cessé de lui être douloureux. Là, il vit un visage penché sur lui, et un main qui s'agitait devant son visage. Lorsqu'il vit qu'il s'était réveillé, le visage inconnu se recula et alors Ryusuke put observer à qui il appartenait. Il vit un homme, à la peau métisse, aux cheveux coiffés en une imposante coupe affro, et muni de larges lunettes de soleil, il devait avoir la trentaine à peine. Alors, tout homme pragmatique qu'il était, ses lèvres traduisirent immédiatemment le fond de sa pensée.
    "T'es qui?
    - Moi? Je m'appelle Kei Hichikawa. Tu dois te dire que mon nom ne colle pas avec ma couleur de peau hein? En fait c'est parce que ma mère est originaire d'Amérique latine, et mon père est lui japonais de pure souche. Surprenant comme union non?
    Ce mec commençait déjà à lui casser les couilles.
    - Hé, je t'ai pas demandé de me raconter ta vie. Dis moi juste ou est ce que je suis. Je me rappelle pas avoir un jour été ici.
    Il arriva finalement à se relever, et se dépoussiéra son espèce de kimono "moderne". Il regarda le fameux Kei droit dans les yeux, enfin..dans les lunettes. Merde, ce type faisait à peu près sa taille, il pouvait pas l'intimider par son gabarit. D'un rapide geste, il put vérifier qu'il avait toujours son katana dans son fourreau, et son pistolet sous sa veste, bien, c'était au moins déjà ça.
    - Ow, tout doux, tout doux mon pote. Déjà, tu vas te calmer, je peux comprendre que tu sois perturbé, mais c'est pas la peine d'être aussi agressif.
    Ce gars avait toujours son air joyeux, ça le foutait sur le nerfs, il allait pas jouer le malin longtemps. Ryusuke s'avança vers le joyeux interlocuteur et lui agrippa le col pour s'adresser à lui avec un air menaçant.
    - Bon, tu vas arrêter de faire le con avec moi, et je suis pas ton pote! Tu as l'air de savoir des choses, alors tu vas me dire MAINTENANT où est ce que je suis, et pourquoi je suis là! Je suis sûr que j'étais à Tokyo la dernière fois que j'étais éveillé! Et j'ai pas bu, j'ai pas rêvé, alors grouille toi avant que je m'énerve vraiment!
    Au lieu de paraître intimidé, l'autre resta parfaitement serein, et d'un geste lent très calme, il retira la prise de Ryusuke, qui s'en rendre compte, lâcha son interlocuteur.
    - Je t'ai dit de te calmer. Tu m'as l'air d'être du genre à réagir au quart de tour, alors je vais te demander d'être un peu patient et attentif. Il alla s'asseoir sur un petit muret, et sortit une cigarette de sa poche, qu'il mit dans sa bouche, sans l'allumer. Premièrement, je ne suis pas responsable de ta situation actuelle. Deuxièmement, j'essaye de t'aider, alors évite de m'agresser comme ça, okay?
    Il avait l'air plus sérieux, mais son expression était restée souriante et détendue. Qui était ce putain de type? Cela dit, cette fois ci, il accepta finalement d'écouter ce Kei. Il resta debout, mais relâcha ses bras, pour montrer qu'il n'allait pas l'intention d'attaquer de nouveau. Il ferma les yeux et poussa un grand soupir.
    - Vas y, j'écoute.
    L'autre eut l'air satisfait de la réponse car son sourire s'élargit légèrement. Il retira ses lunettes de soleil et les posa à côté de lui, pour montrer qu'il n'était pas en train de se foutre de lui.
    - Bien. Tu es certain d'être mort il y a peu, je me trompe?
    - Euh..n..non.
    Merde, comment il..savait?
    - Et bien, laisse moi t'éclaircir: tu es bel et bien mort.
    - Euh...mais alors..?
    - Oui oui, j'y arrive. Peu importe comment et pourquoi tu es mort, le fait est que tu as hérité du même destin que nous tous, et que tu es entré à Utopia.
    - U..topia? Qu'est ce que c'est?
    - C'est une ville, la ville dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Je suis incapable de t'expliquer pourquoi et comment, mais il semble que ce soit une ville qui se situe entre la vie et la mort. Tous ceux qui sont dans cette ville, moi y compris, sont certains d'être décédés, mais pourtant nous continuons à nous lever chaque jour comme si nous étions en vie.
    - Alors..est ce que c'est une sorte de paradis après la mort? Je pensais plutôt que ma place serait aux enfers...
    - Non, ce n'est pas un paradis, tous les morts n'arrivent pas ici. Seuls certains, apparemment choisis au hasard, ont la chance d'être reçus ici, comme toi, ou moi. Mais si il y a bien une chose qui est sûre, c'est que ce n'est pas le monde que nous connaissons. Cette ville est fermé, on ne peut pas en sortir, et il n'y a rien autour de cette ville, rien.
    - Attends...tu es en train de me dire que j'ai été sélectionné pour être envoyé ici après la mort, dans une ville sans sortie, où je bénéficie d'une "seconde" vie, et tu me demandes de te croire? Est ce que la plaisanterie ne va pas un peu loin?
    - Tu sais, à partir du moment où tu es là en train de voir, de réfléchir, de respirer, alors que tu es mort, je pense que tu devrais être capable de croire même ça. De toute façon, que tu le croies ou non, les faits sont là.
    Il n'avait pas tord. Si il était encore vivant et en parfaite santé après avoir eut le cœur transpercé par une balle, il fallait reconnaitre que sa notion de l'impossible s'en trouvait beaucoup plus élargie.
    - Soit, admettons que ce soit vrai. Donc, ça veut dire que je dois donc vivre enfermé entre les murs de cette ville jusqu'à mourir une seconde fois? Pour une seconde vie, ça m'a l'air un peu chiant.
    - En théorie, c'est comme ça que ça devrait se dérouler, MAIS, il existerait une seconde alternative.
    - "Existerait"?
    - Nous n'avons aucune preuve que ce soit vrai, mais c'est ce qui se dit, et ce à quoi on se raccroche tous. Apparemment, ceux qui arrivent à sortir de la ville sensée être "sans sortie" peuvent revenir à la vie dans le vrai monde.
    - Et donc..si on suit ce raisonnement, si jamais on arrive pas à sortir et qu'on meurt une deuxième fois, il se passe quoi?
    - Tout porte à croire qu'à ce moment, on meurt pour de vrai. Est ce que tu comprends ta situation maintenant?
    - Hum...je crois. "

    Merde, si tout ce que ce Kei avait dit était vrai, pourquoi avait-il été choisi lui? Lui, qui aurait dû juste mourir en paix. Être en vie après l'humiliante défaite qu'il avait subie, c'était pire que d'être mort. Surtout qu'il n'avait aucun moyen de savoir comment avait tourné le combat... Que devait-il faire? Encore une fois, si tout était vrai, est ce qu'il devait trouver une sortie à cette fameuse ville, Utopia? Il venait à peine d'arriver, et tout ça était un peu lourd à digérer, il avait mal à la tête rien que d'y penser. Mais d'un autre côté, cette ville semblait être un peu comme une seconde chance. Est ce que ce n'était pas pour lui l'occasion parfaite pour laisser de côté sa vie de chien enragé? Mais ça voudrait dire alors arrêter de se battre. Est ce qu'il était vraiment capable de ne pas se battre? Putain, quelle merde c'était... Mais avant de se projeter dans le futur, peut être qu'il devrait penser à quoi faire tout de suite. Que faire, que faire...
    Alors qu'il relevait la tête, plongé dans sa réflexion, il vit une main se tendre vers lui, celle de Kei.
    " Dis moi, mon pote, je t'aime bien alors, que dirais tu que je te donne un coup de main. Tu as l'air complètement paumé, alors je vais t'aider à t'intégrer dans cette ville, et tu pourras venir habiter chez moi, y a de la place. Qu'en dis tu?
    Peut être que ce type semblait bien l'aimer, mais ce n'était pas tellement réciproque, même si sa réaction violente lors de leur rencontre avait peut être été un peu injustifiée. Mais dans le même temps, sa proposition était ce qu'il  avait de meilleur, et il n'avait aucune autre idée d'où aller... Il se releva et lui serra la main.
    - Je peux pas te blairer, mais ok. Je vais accepter ton aide, mon nom est Ryusuke Kohaku.
    - Alors, ce sera "Ryu". Et bien, ravis de te rencontrer Ryu! "
    Dans quoi il était tombé...


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  • Chapitre II: L'aube d'une nouvelle vie





    Finalement, Ryusuke avait suivi l’afro, qui lui avait proposé l'hébergement. Il fallait avouer que la proposition était généreuse, mais il commençait à se poser une question: hébergement d'accord, mais hébergement dans quoi? Car, plus ils avançaient et qu'il découvrait le décor, plus il se demandait sérieusement à quoi allait ressembler la maison. En effet, l'architecture de cette ville, Utopia, était assez singulière, les bâtiments ressemblaient à des bâtiments tels qu'on en voyait pendant l'ère Edo du Japon, ou tel qu'on en voit dans certains quartiers traditionnels de Kyoto, il y avait pas mal de temples, et le sol des rues était en terre. Mais à ce décor qui se voulait ancien s'ajoutaient quelques éléments qui sortaient droits d'une époque plus modernes, tels que des lampadaires, bien qu'il avait aussi des lanternes, des pancartes, et on voyait plusieurs personnes habillées avec des habits modernes, ou en train de fumer une cigarette. D'ailleurs, à propos de la population qu'ils croisait, on avait l'impression que la ville était énorme mais que peu de personnes l'habitaient, au vu de la faible densité de passants dans les rues et le silence qui y régnait. La ville dégageait une certaine impression de vide, c'était assez étrange. On se serait cru dans une mauvaise blague ou dans un rêve, mais après s'être pincé plusieurs fois, il pouvait affirmer que ça n'en était pas un.
    Finalement ils arrivèrent à la maison de Kei, une bâtisse traditionnelle dans le même style que la plupart des autres qu'il avait vu, qui paraissait cependant plutôt grande pour un simple particulier. Et d'ailleurs, ce n'était pas qu'une impression, la maison ne paraissait pas uniquement grande de l'extérieur, elle l'était vraiment, même à l'intérieur. La première pièce qu'il trouva semblait être le salon, une grande salle spacieuse et assez vide, avec des coussins autour d'un large tapis au sol, sur lequel était posé une table basse. Il n'y avait pas grande chose dans le salon, seulement une vieille radio posée sur la table, une ampoule au plafond, et quelques objets décoratifs au mur.

    " -  Bienvenue chez moi mon pote. Y a pas grand chose à voir mais c'est sympa.
    Ryusuke vint s'asseoir sur un des coussins, en regardant tout l'espace que fournissait pièce.
    - C'est pas un peu grand pour une simple maison?
    Kei vint s'asseoir en face de lui, de l'autre côté de la table, en se mettant à l'aise, un pied sur la table.
    - Ah ah, c'est normal, la plupart des maisons sont comme ça ici, y a juste à se servir!
    Le mot "servir" piqua la curiosité de Ryu, qui n'avait pourtant pas eu pour objectif initial d'entamer véritablement une discussion avec un type qu'il n'appréciait pas plus que ça pour le moment.
    - Comment ça "se servir"?
    Kei, qui avait remis ses lunettes depuis, le regarde avec un sourire comme si il attendait qu'il pose cette question.
    - Et ouais Ryu, ici, il y a tellement de maisons que tu as juste le droit de choisir une maison vide et de dire qu'elle est à toi! Donc si jamais tu as envie d'avoir ta propre maison, c'est aussi simple. Mais t'inquiète pas, c'est grand ici, y a bien de la place pour deux, et puis, plus on est de fous plus on rit hein!
    Il n'aimait pas vraiment la façon dont il se montrait si familier aussi rapidement, mais il ne pouvait vraiment faire de reproches à une personne qui lui offrait l'hospitalité aussi généreusement.
    - Hum. Mais..qui a construit toutes ces maison? Il ne désire pas qu'on paye quelque chose pour payer le fruit de tout ce travail?
    L’afro, qui s'était avancé le sourire en avant pour faire ces révélations, se recula pour se rasseoir normalement. Il haussa les épaules.
    - Ça, personne ne le sait. Même les plus anciens disent que tous les bâtiments étaient déjà là avant même que les premiers n'arrivent. Et pour ce qui est de payer pas d'inquiétude, ici il n'y a pas d'argent, ou quoique ce soit qui puisse avoir le rôle de l'argent.
    C'était plutôt surprenant d'apprendre ça, mais il n'en n'était plus vraiment à une ou deux surprise de plus pour cette journée là...
    - Bon, tu dois avoir faim, bouge pas je vais chercher quelque chose pour manger. Le soir est en train de tomber, ça nous fera le repas du soir. "

    Comme Ryusuke ne répondit rien, Kei alla dans ce qui semblait être la cuisine, on entendit alors peu après le bruit caractéristique d'un micro-onde qui tourne. Il ne revint que cinq minutes plus tard, transportant deux bols dans ses mains et les posant sur la table, tandis que Ryusuke était profondément concentré sur cette petite radio sur la table, enfin du moins le semblait-il.
    " - Voilà deux bols de soupe miso, fait avec les légumes de mon jardin. Nous n'avons pas de champs comme la ville est fermé, mais tout le monde à son jardin et ses cultures, sauf ceux qui ne savent pas vraiment s'occuper de la culture, et qui se tourne alors vers le marché.
    - Hum.
    Notant la réponse dénuée d'intérêt de son compagnon, Kei le regarda et s'aperçut de ce qui semblait égayer la curiosité de Ryusuke.
    - Intrigué par cette petite radio?
    - Hum? Oh..non, j'étais juste perdu dans mes pensée. Mais sinon oui, d'où vient cette radio?
    Kei se rassit et but une première gorgée de la soupe, encore chaude.
    - Je l'avais quand je suis mort, du coup je l'ai gardé avec moi en passant par ici, tout comme toi tu sembles avoir gardé tes armes. Ryusuke regarda la poignée de son katana à ces mots. Je ne capte plus aucune station évidemment, mais j'ai toujours le cd qui était dans la radio à ce moment là. Je te l'aurais bien fait écouter, mais je pense que tu es trop fatigué pour ça en ce moment.
    Les mots "quand je suis mort" lui restèrent en tête. Avec tout ça, il n'avait même pas pensé au fait que cet afro aussi, était mort et avait vécu la même situation sans doute.
    - A ce propos... Comment tu es mort..kei? Sauf si c'est indiscret...
    - Oh non, t'inquiète mon pote, je souffre d'aucun complexe là dessus. Je suis juste mort un jour ou j'écoutais la radio insouciamment dans la rue, j'ai traversé la route sans m'en rendre compte, et je me suis fait renversé. Ça m'a tué sur le coup ah ah ah! Par contre, je crois bien que pour toi, ce soit encore un peu difficile d'en parler.
    Comme unique réponse, Ryusuke détourna le regard, comme si il avait honte de quelque chose.
    - Pas de problème! Mange plutôt, tant que c'est chaud!
    Ryusuke s'exécuta. Il n'aurait su dire si c'était bon ou pas, mais en tout cas c'était pas dégueulasse. Mais pendant qu'il buvait lentement la soupe, il repensa à ce que Kei avait énoncé par rapport au fait qu'il n'y avait pas d'argent. Il reposa son bol.
    - Dis moi, tu as dit qu'il n'y a pas d'argent, mais alors..qu'est ce qui récompense le travail?
    Kei, qui avait écouté attentivement la question en avalant une gorgée de soupe, posa à son tour son bol sur la table pour répondre, tandis que Ryu reprenait le sien pour boire une nouvelle gorgée.
    - C'est une bonne question. Mais tu vois, ici, on est enfermés, on ne cherche pas à être récompensés, on veut juste vivre, et c'est pas toujours facile, alors on s'entraide. Ça change du "monde originel".
    L'ancien Yakuza avait écouté la réponse avec attention, et y réfléchissait tout en avalant une nouvelle gorgée de soupe. Il reposa son bol.
    - Mais alors, il ne suffit pas que quelqu'un refuse l'entraide et applique la loi du plus fort pour que ça sombre dans l'anarchie? Vous devez probablement avoir des lois qui régulent tout ça non?
    Encore une fois, Kei avait la réponse.
    - Il y a bien des groupes qui ne coopèrent pas avec les autres et qui restent entre eux, mais ça n'a jamais perturbé l'entraide globale. On se contente de vivre par nous-même comme on peut, on se tourne vers les autres, et alors on les aidera quand ce sera leur tour d'avoir quelques difficultés. Et pour ce qui est des lois, non, nous n'avons aucune loi ici, à Utopia. C'est un nouveau départ pour tous ici, mais aussi un moyen de se libérer des contraintes de l'ancienne société.
    Ryusuke fut perplexe.
    - Mais...si il n'y a pas de lois, il n'y a rien qui empêche le chaos de se produire. Il faut forcément quelque chose pour régulier même un minimum.
    Et là, l’afro à lunettes lui apporta la réponse soulageante.
    - Nous n'avons pas de loi, mais nous avons bien une forme d'autorité. Mais plutôt que des lois, c'est un arbitre qui traite au cas par cas, et qui prend des décisions si quelqu'un commence à semer le trouble.
    Rysuke fut rassuré, mais resta un peu suspicieux.
    - Un arbitre hein...
    Kei crut alors bon de changer le sujet, voyant que les deux bols de soupe avaient été bus au fil de la discussion. Il se leva une nouvelle fois en se dirigeant vers la pièce qui semblait bien être la cuisine.
    - Je vais chercher une suite, même si y avait pas mal de soupe.
    Il revint quelques minutes plus tard, avec un plateau de légumes, parmis lesquels Ryu reconnut du choux et de la tomate. Il fit la grimace.
    - T'as pas quelque chose comme de la viande, ou du poisson? Je suis pas très légumes en fait...
    Kei parut un peu déçu.
    - La ville est grande mais on dispose seulement de quelques petits élevages de porc et de poules. Ca ne fait pas beaucoup de viande pour tout le monde, alors pour partager, on n'en prend que de temps en temps, et actuellement j'en ai pas. Voyant la mine députée de Ryu, il essaya de le rassurer. Mais, t'inquiètes pas! Ca fait peut être bizarre au début, mais on finit par s'y habituer! Et puis, il y a tout ce qu'il faut pour combler les apports énergétiques de la viande!
    Ryusuke se releva calmement.
    - Bon, ça fait rien, de toute façon j'ai plus vraiment faim. Je prendrai de tes légumes la prochaine fois, désolé. Je vais plutôt aller maintenant. Où est ce que je peux aller dormir?
    Kei se montra compréhensif et lui indiqua une pièce avec un sourire.
    - Tu peux dormir là, y a pleins de matelas inutilisés, prend celui que tu veux, et met toi à l'aise. Bonne nuit mon pote.
    Le concerné lui fit un salut de la main en se dirigeant vers la pièce.
    - Ouais, b'nuit. "

    Il entra dans la pièce et referma les portes coulissantes derrière. Il vit effectivement de nombreux matelas comme annoncé. Il en prit un et poussa les autres. C'est seulement à ce moment qu'il remarqua un miroir accroché sur le mur en face. Il s'en approcha et se regarda, il avait vraiment une gueule de merde après cette journée. Le portrait refléta l'image d'un homme de la trentaine, à la peau matte, comme tout asiatique. Son épaisse chevelure noire était "coiffée" en bataille si bien que ses cheveux partaient dans tout les sens, et ses cheveux à l'arrière étaient attachés en une petite queue de cheval. Cela couplé à ses yeux bruns sombres, ses sourcils sévères, sa barbe mal rasée et son expression blasée lui donnait vraiment l'air de ces brigands mal léchés. Au fond, un yakuza était une sorte de brigand mais il aimait bien séparer les deux définitions pour se donner bonne conscience. Mais bon, après tout, ces histoires de Yakuza, c'était fini maintenant, qu'il le veuille ou non, il allait devoir prendre un nouveau départ ici en cette grande ville mystérieuse. Ryusuke reposa le miroir et se laissa tomber sur le matelas choisi. Il poussa un long soupir en se passant le bras sur le visage.
    Quelle putain de journée...
    Et alors, le sommeil ne tarda pas.




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  • Chapitre III: Le Grand Yama



    Son sommeil avait été lourd comme du plomb, et c'est sans la moindre encombre qu'il avait passé la nuit. Comme à chaque matin, il s'était frotté les yeux en se réveillant, puis s'était tapoté les tempes pour être sûr d'être bien éveillé. Il s'était alors levé lentement pour se diriger vers le salon. Là, l'avait accueilli Kei, déjà en pleine forme et énergique, qui lui donna un bol de riz. Ce fut alors avec une joie non cachée que Ryusuke mangea son bol de riz, lui qui pensait qu'il était condamné à ne manger que des végétaux jusqu'à la fin de sa vie. L'affro lui expliqua qu'ils avaient une rizière à l'une des extrémités de la ville, grâce à un cours d'eau, qui était d'origine inconnue, mais qui était bien là, et c'était pour cela qu'ils pouvaient avoir du riz. Quel soulagement. Puis, la routine du matin se poursuivant, il demanda à son compagnon où étaient les douches. Kei lui avait alors répondu en rigolant que c'était le sceau d'eau froide dans le jardin, l'eau courante ne faisait pas partie des éléments de la vie moderne présents ici. Ryu alla donc prendre cette douche à l'ancienne, ne pouvant réprimer une grimace lorsque la froideur de l'eau entra en contact avec sa nuque, tout homme fort et courageux qu'il était. Une fois rhabillé, la routine du matin s'était terminée.
    Il revint dans le salon, où Kei l'attendait debout à côté de la porte, comme si il s'apprêtait à partir.

    " - Tout est bon pour toi? Alors, si tu n'as pas d'objections j'aimerais t'emmener quelque part aujourd'hui
    Il détestait jouer aux devinettes.
    - Ah? Euh...où ça?
    - Ah ah! Tu verras! "
    Ryusuke pensa intérieurement "va t'faire", mais bon, il allait pas recommencer à s'énerver pour rien, alors il se contenta de faire légèrement la moue avant de suivre finalement le joyeux luron à lunettes de soleil dehors.

    Dehors, le soleil battait son plein. Il leva la tête et vit un ciel bleu sans nuage, comme la veille d'ailleurs. Une question lui traversa alors l'esprit tandis qu'ils marchaient.
    " - Hum, dis moi kei, si nous sommes dans un autre monde, est ce que ce soleil que l'on voit est vraiment celui qu'on connait? Ou même est ce que c'est un faux?
    Kei haussa les épaules.
    - On en sait rien. Ici, on a pas apporté nos télescopes et nos satellites avec nous, alors on a aucun moyen de vérifier. J'imagine sans doute qu'on le saura jamais, mais bon, peu importe, un soleil reste un soleil. Qu'importe qu'il soit faux si il nous apporte de la lumière et de la chaleur, tu ne penses pas?
    Ryu acquiesça silencieusement. Effectivement... Ça allait de soi, personne ici n'avait dû prévoir de mourir, et encore moins de se retrouver ici, alors personne n'avait pensé à porter de quoi observer le ciel au moment de sa mort. Néanmoins, une autre question lui apparut dans l'esprit, à laquelle son compagnon pourrait répondre.
    - Et pour ce qui est des nuages? Hier, je n'en ai pas vu un seul dans le ciel, et aujourd'hui c'est toujours le cas. Est ce qu'il n'y a pas de nuages ici?
    - Oh, si si. Il y a bien des nuages de temps en temps, ils sont juste plus rares. C'est assez fréquent qu'on ait ce temps là, avec un ciel bleu et un soleil plombant. Mais il y a bien des nuages, on a même parfois de la pluie ou de l'orage. Ne t'inquiète pas!
    Bon, c'était au moins ça. Il restait encore plein de points qu'il aurait aimé éclaircir, mais il ne pouvait pas non plus passer son temps à bombarder son hébergeur de questions. En vérité, cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas senti autant empli de curiosité. Dans "le vrai monde", dans sa vie d’antan, il ne s'était jamais beaucoup posé de questions. Lutter pour survivre. Tuer pour ne pas être tuer. Suivre les ordres. Se battre. Il ne s'était jamais posé beaucoup de questions sur le monde qui l'entourait ou même sur lui-même.
    - Ce n'est pas que ça m'inquiète... C'est juste que..je suis curieux.
    - Oh, je vois. La curiosité est une bien grande qualité tu sais! "
    Il se contenta de répondre avec un petit sourire. Puis le silence se réinstalla.

    Il marchèrent ainsi pendant encore dix minutes, jusqu'à ce que Kei s'arrête enfin. Ils se retrouvèrent alors devant l'entrée d'un grand, et surtout haut, bâtiment, une sorte de grande tour, à l'architecture qui rappelait les grands temples. Était-ce là leur destination?
    " - Où est ce qu'on est?
    - Tu te rappelles quand je te disais que les agissements des personnes sont surveillés par un arbitre, qui décide lorsqu'il faut sanctionner quelqu'un?
    - Euh..oui.
    - Et bien c'est ici qu'il habite mon pote! C'est toujours bien que les nouveaux viennent le voir pour qu'il se souvienne d'eux.
    Kei entra dans le bâtiment, suivi de Ryu.
    - Son nom est Souichirou, mais tout le monde l’appelle le Grand Yama.
    - Pourquoi ce surnom?
    - Parce qu'il est vieux comme une montagne, et aussi en référence à la déesse Hindou du jugement. Mais c'est aussi surtout parce que ça sonne bien!
    Cela faisait un peu pompeux comme surnom pour une personne sensée être humble et partiale. Mais il ne fit aucun commentaire et se contenta de répondre bêtement.
    - Il est si vieux que ça?
    - C'est le plus vieux de tous ceux qui vivent dans cette ville, mais bien que ce ne soit pas le premier habitant, il en est pas loin, c'est donc aussi notre doyen.
    Le plus vieux, le plus sage, pourquoi pas. Kei monta alors des escaliers et indiqua à Ryu de le suivre.
    - Il est tout en haut de la tour, courage! Ce bâtiment est le plus haut de la partie habitée de la ville.
    - Ah? Il y a une partie inhabitée?
    - Oui. Si tu prends le sens inverse de celui qu'on a pris pour venir ici, tu finiras par arriver dans une vaste partie de la ville dans laquelle personne ne vit. Il y a des bâtiments encore plus hauts à ce qu'on dit.
    - Je vois. "
    Ils montèrent alors les longs escaliers, et cela leur pris plusieurs minutes. Mais quasiment tous les autres étages intermédiaires semblaient vides, c'était un peu de gâchis, et de place, et d'énergie. Mais ils arrivèrent finalement en haut. Là, il y avait une grande porte rouge joliment ornée. Elle était "gardée" par deux types, qui étaient actuellement de disputer une partie de Shogi sur une petite table à côté. Ils saluèrent Kei, qu'ils devaient connaître, puis le saluèrent lui plus discrètement, avant de leur faire signe d'entrer sans faire de manière. L'affro ouvrit donc la grande porte.





    Derrière la porte, il y avait une grande salle. Elle était plutôt sombre, éclairée seulement par quelque lanternes sur les murs, mais les tapis richement décorés et les quelques objets décoratifs suffisaient à faire comprendre que ce n'était pas la "pièce" de n'importe qui. Et là, tout au fond, assis en position Seiza, était un vieillard à la longue barbe, et au superbe haori. En effet, ses vêtements auraient pu être ceux d'un empereur du temps de l'empire Japonais tant ils était riches. Pas très loin à ses côtés étaient posés deux encensoirs, qui ajoutaient à l'atmosphère étrange de cette pièce, et, juste à côté de lui, à sa droite, était posé un katana rangé dans son fourreau. Etait-il en train de dormir? De méditer? Toujours est-il que ses deux yeux étaient fermés, et sa tête courbée vers le bas, et il n'avait pas fait un geste ni un bruit lorsqu'ils étaient entrés. Kei fit un signe de main pour inviter Rysuke à s'avancer vers le coussin qui était posé en face du fameux Grand Yama. Ryusuke se trouva un peu gêné, il ne savait pas vraiment si il était intimidé par l'aura du Yama, embarassé de réveiller le vieil homme ou bien simplement dérangé par l'atmosphère du lieu, mais il avançait doucement, et les quelques dizaines secondes qu'il mit à atteindre le coussin lui parrurent êtres des minutes entières.
    Finalement il s'assit sur le coussin, et c'est seulement à ce moment là que le vieil homme ouvrit les yeux. Son regard était étrange, presque intimidant, ses yeux était sombres et son regard sévère. Mais son visage couvert de rides ne trompait le fait qu'il devait avoir au moins quatre-vingt ou quatre-vingt-dix ans. Une large cicatrice sur sa joue droite montrait qu'il avait un passé pas forcément des plus joyeux. Les yeux intimidant le dévisagèrent pendant quelques secondes, puis une voix grave et rauque s'éleva.

    " - Est-ce un nouveau venu que tu t'amènes là, Kei?
    De l'autre bout de la salle, Kei répondit.
    - Tout à fait!
    Le Yama se ré-intéressa alors de nouveau à Ryu.
    - On me nomme le Grand Yama, tu peux m'appeler Yama pour faire plus simple. Je suis honoré de te rencontrer.
    Sur ces mots, il s'inclina respectueusement. Ryu l'imita alors, en répondant au salut, s'inclinant de la même sorte. Il connaissait ces coutumes là, et même en temps que Yakuza, son clan et lui avaient toujours mis un point d'honneur à les respecter.
    - Je suis Ryusuke Kohaku. Je suis également honoré de vous rencontrer.
    Les deux se redressèrent.
    - Je suis celui qui a pour rôle de juger quand les habitants de cette noble ville sont susceptibles de rompre l'équilibre qui y règne. Si tu as des questions concernant le fonctionnement de cette ville, je me ferai un plaisir d'y répondre.
    Cela rejoignait la définition que Kei lui avait fait du rôle de cet homme. Mais quand bien même, une question le taraudait. Il ne savait si il devait se montrer tout de suite franc avec un tel homme, mais il n'avait jamais été dans ses coutumes d'avoir la langue de bois.
    - Je me demandais seulement.. Comment déterminez vous les personnes qui agissent "mal", pour les juger?
    Le Yama le fixa un instant puis répondit.
    - Je les détermine en fonction de la manière dont leurs agissements peuvent briser l'équilibre de cette ville.
    Il n'avait pas vraiment répondu tel qu'il l'aurait aimé. Était-ce voulu ou non? Dans tous les cas, il pouvait toujours tenter d'être un peu plus franc.
    - Mais..sur quelle vision de l'équilibre vous vous basez? Je pense que vous n'ignorez pas que chacun peut avoir sa propre façon de concevoir l'équilibre.
    Le vieil homme resta silencieux un moment, le regardant droit dans les yeux, comme si il essayait de lire en lui. Puis il ferma les yeux, les rouvrit, et répondit finalement.
    - Je vois que ton esprit est affuté tel la lame d'un sabre, je n'en attendais pas moins de quelqu'un dont le regard est celui d'un tueur. Comme tu as pu t'en douter, je me base sur ma propre façon de concevoir l'équilibre. Mais n'aie crainte, je suis très sûrement le mieux placé pour savoir ce qui est le mieux pour cette ville et ses habitants.
    C'était bien ainsi qu'il se l'imaginait. Il ne pouvait pas se permettre de remettre en cause le sens de la justice de cet homme alors qu'il le rencontrait à peine, mais il n'arrivait pas à lui faire confiance, pour une raison inconnue. Il avait dit qu'il possédait le regard du tueur. C'était sans doute vrai. Mais il connaissait ce regard, et alors pourquoi le retrouvait-il dans les yeux de ce vieil homme? Mais il était inutile de continuer plus loin la conversation. Ainsi, il salua de nouveau respectueusement le Yama.
    - Je vous remercie de m'avoir reçu et écouté mes questions. J'imagine que nous aurons de nouveau l'occasion de parler. "
    A cela, le Yama salua d'un hochement de tête. Ryu se releva puis revint vers Kei, qui ne posa pas de questions et poussa la porte pour ressortir de la pièce silencieusement.

    Ils sortirent du bâtiment sans prononcer mot, et ce n'est que dehors que l'affro prit enfin la parole.
    " - Alors tu l'as trouvé comment??
    - Il est vieux, mais étrange.
    - Il fait souvent cet effet là aux nouveaux, ne t'inquiète pas!
    Une question lui traversa l'esprit, à laquelle Kei avait peut être une réponse.
    - Est ce que par hasard tu connais quelques éléments sur le passé de ce vieux?
    - Le Yama? Oh, je sais juste qu'il était dans l'armée Japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je sais aussi qu'après la fin de la guerre, il n'a pas été capable de digérer la défaite et se sentait profondément humilié par l'occupation des américains. Après avoir fait profil bas, il n'a pas sur résister et s'est attaqué à un soldat américain, mais a fini par se faire tabassé à mort par les collègues de celui-ci. Pas une mort très joyeuse si tu veux mon avis.
    Ah..un ancien militaire, ça expliquait pourquoi il avait le regard du tueur tout comme lui. Peut être qu'il se faisait trop de films après tout à propos de ce vieux.
    - C'est sûr...
    - Du coup, il fait parti de ceux qui ne souhaitent pas quitter cette ville, et désirent simplement y rester jusqu'à la mort. Le "monde originel" ne l'intéresse plus, il ne veut plus y retourner.
    - Je vois. Merci de l'info.
    - Y a pas de quoi mon pote!
    Alors qu'il cherchait quoi dire, sa réflexion fut coupée par un grand bruit de cloche qui resonna dans toute la ville. Ryu regarda tout autour de lui à la recherche d'une éventuelle cloche.
    - C'était quoi ça??
    - Oh, c'est vrai tu n'es pas encore habitué. Ce son de cloche résonne à chaque fois qu'un nouvel arrivant débarque ici. D'ailleurs c'est vraiment la première fois qu'on a deux arrivants deux jours de suite, vu que t'es arrivé que hier. Avec un peu de chance, on tombera sur ce nouveau venu. Mais sinon, t'inquiète pas, y a tout un tas de gens qui sont accueillants avec les nouveaux.
    - Oh, ok. "
    Ainsi se conclut la surprise générée par ce petit évènement imprévu, et ils prirent alors le chemin du retour pour rentrer. Ryusuke se demandait ce qu'était en train de ressentir le nouveau qui venait d'arriver, et qui il était. Il en vint alors à se demander quelles pouvaient êtres les histoires de tout ceux qui vivaient ici. Est ce qu'il y en avait beaucoup qui étaient morts violemment comme lui ou le Yama? Ou est ce qu'il y avait plutôt des gens morts de manière plus "normale" comme Kei? En tout cas, ce qui était sûr, c'était qu'il n'allait sûrement pas s'amuser à demander à tous les habitants...
    Mais trêves de digression, il s'était réveillé tellement tard que la journée était bien entamée, et en plus, la visite du Yama leur avait pris plus de temps de qu'il ne l'aurait imaginé. Mais quel était ce sentiment de malaise qu'il éprouvait? Pourquoi est ce qu'il ressentait qu'un autre évènement allait se produire en ce jour?


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  • Chapitre IV: La menace dans la nuit



    Ils finirent par rentrer chez Kei. Rien n'avait changé depuis leur départ pour aller chez le Yama, d'ailleurs il n'y avait pas de raison que ça eut changé. Finalement il n'avait pas rencontré le nouveau venu, dont l'arrivée avait été annoncée par cette mystérieuse cloche dont il ignorait la position. Ryu n'aurait pas non plus dit qu'il était déçu de ne pas avoir rencontré ce nouveau en chemin, mais il ne pouvait nier qu'il était intrigué de voir les réactions d'une personne qui venait de débarquer, à partir du point de vue d'une personne qui était déjà là. Mais bon, selon Kei il n'y avait pas trop à s'en faire, apparemment les gens étaient serviable dans cette ville, même si c'était pourtant dur à croire. De sa vie antérieure, il avait connu la nature humaine comme étant égoïste et cupide, plus intéressée par sa propre personne que par les autres. Est ce que c'était la proximité de la mort qui assagissait ainsi tous les humains de cette ville? Sans doute le constaterait-il de lui-même dans les semaines, voir les mois qui allaient suivre. Étrangement, il ne sentait pas vraiment pressé de sortir d'ici, sans doute n'avait-il pas encore cette sensation d'enfermement que ceux qui étaient là depuis longtemps devaient avoir. Une question lui vint. Kei et lui étaient tous deux dans le petit jardin, Kei s'occupait de ses quelques cultures, tandis que lui était assis tranquillement, appuyé contre un mur. Il avait obtenu ce droit en promettant qu'il viendrait donner un coup de main la prochaine fois. Mais donc, il tourna son regard vers Kei pour poser sa nouvelle question. Lui qui d'habitude n'était pas avide de paroles, ni très curieux, il se surprenait à poser beaucoup de questions depuis son arrivée.

    " Hey Kei, est ce quelqu'un a déjà réussi à s'enfuir de cette ville?
    Le rasta s'arrêta de bosser et se redressa pour répondre, essuyant au passage la sueur qui perlait sur son front.
    - Hum, oui sans doute. J'ai pas vraiment moyen de savoir, mais je pense que oui.
    - Bah alors..si quelqu'un a déjà réussi à sortir, pourquoi tout le monde ne prend pas le même chemin que lui?
    - Ah ah, c'est plus compliqué que ça. Cette ville ne révèle ses secrets que la nuit, et ils changent chaque nuit, sans qu'on comprenne vraiment pourquoi, donc même si quelqu'un a réussi à partir, on ne pourrait pas retrouver son issue de sortie.
    - Je vois pas le problème, il suffirait d'entreprendre des grandes sessions de recherche parfois la nuit, et on mettrait en commun ce qu'on a trouvé, comme ça si quelqu'un a trouvé une sortie, il le fait savoir à tous, non? "

    Mais étrangement, Kei ne répondit pas. Il eut l'air pensif un instant puis retourna à sa tâche, comme si il n'avait pas entendu, pourtant Ryu était quasiment sûr qu'il avait entendu, et c'était bien la première fois que ce fichu rasta ne répondait pas une question. Étrange, sans doute devait-il y avoir une raison derrière cela, ou bien était-ce trop long à expliquer alors qu'il était en train de bosser. Il n'allait pas insister, il était en train de le déranger, il en reparlerait le soir venu. Ainsi rentra-t-il à l'intérieur pour ne pas déranger Kei plus longtemps par son inactivité, et il s'occupa comme il put jusqu'au soir.

    Le soir arriva finalement, et il se retrouvèrent une nouvelle fois assis devant la table, face à des légumes. Bordel, à quand un peu de viande ou de poisson? Il trouva alors un échappatoire en se rappelant la question qui avait demeurée sans réponse de l'après-midi.

    " Hum, au fait Kei, à propos de cette après-midi, tu te rappelles quand.. "

    Soudain sa phrase fut interrompue. Interrompue par un cri qui perça la nuit, un cri de femme visiblement qui semblait venir de dehors, dans la nuit. Ryu se releva vivement.

    " Hey, c'était quoi ça??
    Kei avait eut l'air tout aussi surpris que lui
    - Il me semble avoir entendu un cri de femme.
    - C'est bien ce que j'ai entendu aussi, merde.
    Ryu se précipita vers sa chambre pour prendre son sabre et son pistolet et les ranger à sa ceinture. Puis il se dirigea à pas rapides vers la porte d'entrée. Kei l'interpella.
    - Hey mon pote, qu'est ce que tu fous?
    - Bah, à ton avis?! Je vais voir d'où ça vient! Bouge ton cul, et dépêche toi de me rejoindre!
    Il ouvrit la porte avec force et se précipita dehors, avant de courir dans la direction de la provenance présumée du cri. Il eut juste le temps d'entendre Kei crier.
    - Attend Ryu, attends!! C'est dang..."





    Il n'eut pas le temps d'entendre la fin mais peu importe, il espérait que ce rasta allait se bouger le fion en vitesse. Il avait eu beau être un Yakuza, il avait toujours respecté un code d'honneur dans son clan. Et aider un innocent dans la merde, si cela n'interfère pas avec les objectifs du clan, était une priorité. Or, il n'y avait même plus de clan désormais, alors il était tout à fait normal d'aller aider une personne en détresse, c'était peut être ce fameux nouveau qui était arrivé dans l'après-midi. Mais merde, pourquoi n'y avait-il personne dehors? La ville était peut être peu peuplée, mais il y avait bien des personnes qui circulaient pendant la journée. Alors pourquoi n'y avait-il personne d'autre qui se ruait pour aider une personne en danger?? Merde quoi! Il y avait des choses qu'on se devait de faire! Il n'était pas un héros, loin de là, et pourtant il n'avait même pas eu besoin de réfléchir pour se ruer dehors. Est ce que les habitants étaient tous des putains de lâches?
    Il continua de courir, regardant à droite et à gauche, à la recherche de la présumée femme en détresse. Il ne voyait toujours pas Kei derrière lui, qu'est ce que ce con foutait?? Il était pas foutu de courir plus vite?!
    Un deuxième cri retentit, perçant une nouvelle fois le silence de la nuit, c'était pas loin! Mais cette fois, alors que le premier cri ressemblait plutôt à un cri de terreur, celui-ci ressemblait plutôt à un cri de douleur. Il sentit ses forces être décuplées, pour courir à une vitesse qu'il n'aurait jamais soupçonnée. Au fond, il se sentait bien. Sentir l'adrénaline monter, sentir le danger tout proche, s'en rendre compte, un léger sourire d'excitation lui fendit le visage, tandis que tout son corps frissonnait d'impatience. Était-il réellement en train de courir pour aider une personne, ou bien simplement pour ressentir l'adrénaline? Cela n'avait en fait guère plus d'importance à présent, les deux étaient maintenant liés.
    Il s'arrêta soudainement, il avait entendu un bruit. Oui, il y avait un bruit, il entendait quelqu'un courir dans la ruelle juste à côté, enfin le son de la démarche ressemblait plus à la course d'une proie boiteuse et désespérée, puis il y eut le son d'un choc, comme un corps qui s'écroulait à terre. Il susurra un "merde!" avant de se ruer dans la ruelle d'à côté. Là, il vit dans le noir une femme allongée sur le ventre, ça devait être la fameuse personne en danger. Elle n'était pas morte, mais elle semblait inconsciente. Il voulut se précipiter lui porter secours, mais quelque chose d'autre attira son attention à l'autre bout de la ruelle.
    La source du danger.
    Les yeux de Ryu s'écarquillèrent et il eut l'impression que son souffle fut coupé pendant quelques secondes. Il fut littéralement cloué sur place par la surprise. Mais le "danger" fit un nouveau pas en avant, et le grand bruit que cela produit lui fit reprendre les esprit. Devant lui se trouvait une sorte de statue comme on en trouvait dans les temples bouddhiste, une sorte de représentation de dieu, ou de démon, peu importe. Ce truc faisait au moins deux mètres et tenait dans sa main une énorme perche, ou plutôt hallebarde, dont la lame était légèrement rougie par du sang. Ryu se retourna vivement vers la femme inconsciente, c'était son sang à elle? A quel point avait-elle été blessée? Et puis surtout...pourquoi cette chose bougeait?? Il se pinça plusieurs fois, mais rien à y faire, cette statue mouvante était toujours là, et s'approchait dangereusement.
    " Merde, je sais pas c'que t'es mais crève! "
    Peu importe comment il y regardait, cette chose ne pouvait que signifier "danger de mort", il n'avait pas le temps d'essayer de comprendre ce que c'était vraiment, sinon il allait finir en deux morceaux dans peu de temps vu la taille de la hallebarde. Légèrement paniqué, il sortit son pistolet et tira une balle en pleine tête de l'ennemi. Il avait beau être grand, il n'était pas très mobile, c'était donc assez facile de lui tirer dans la tête.
    Mais..cela ne fit rien. La balle rebondit sur la tête et tomba à terre devant la statue mouvante, qui continua d'avancer.
    Alors, la raison abandonna Ryu et il tira une nouvelle fois dans la tête, puis une nouvelle fois, jusqu'à vider son chargeur. Lorsque le "clic" lui fit comprendre qu'il n'y avait plus de balle, il se retrouva bêtement à regarder la statue avancer comme si de rien n'était. Comment était-ce possible?? Il semblait bien y avoir un petit cabossage sur la tête, mais c'était comme si ça n'avait rien fait. Pas la moindre réaction, pas le moindre ralentissement, il ne faisait pas un seul bruit autre que le bruit de ses pas, lourds. Son expression était figé, mais Ryu eut l'impression que cette chose était en train de se rire de lui. Soudain, le bras droit de la statue métallique, tenant la hallebarde, s'éleva, prêt à abbattre l'arme de mort sur Ryu. Celui-ci, encore abasourdi par l’inefficacité de son assaut, ne s'était pas rendu compte que le danger s'était à ce point rapproché. Il dégaina alors en hâte son katana pour parer le coup de hallebarde.
    Les deux armes métalliques s'entrechoquèrent dans un éclat assourdissant, mais au moment où la hallebarde toucha son sabre, Ryu sentit la force nettement supérieure du coup ennemi, une force inhumaine. Il fut incapable de parer complètement le coup, et parvint juste à le dévier un peu. Mais même en reculant la tête au dernier moment, la lame de l'arme ennemie parvint quand même à le toucher de justesse, lui causant une large coupure en haut du nez, au niveau de l'os frontal, en dessous de l'arcade sourcilière. Ryu grimaça de douleur tandis que le sang commençait à perler. Merde, il était impossible qu'il tue ce truc. Les balles ne lui faisaient rien, et il ne pouvait même pas parer ses coups. Il recula vivement de plusieurs pas. Son instinct de survie lui commandait de fuir, mais si il faisait ça, il vouait la jeune inconnue inconsciente à une mort certaine. Ce n'était pas comme si il n'avait jamais porté la mort de quelqu'un sur la conscience, ayant déjà tué de nombreux ennemis, mais il s'agissait là d'une jeune innocente, qui venait peut être tout juste d'arriver dans cette ville. Non, il ne pouvait pas l'abandonner, mais il n'avait pas le temps de fuir en la prenant au passage, cette arme avait trop d'allonge, il se ferait trancher pendant qu'il essayerait de porter l'inconnue. Mais il ne pouvait pas reculer non plus. Un autre coup arriva, Ryu arriva de justesse à se jeter à terre pour esquiver le coup, il s'empressa alors de se relever avant de se prendre un nouveau coup. Le sang coulait jusqu'à ses lèvres, et il sentait son goût métallique si caractéristique, une large trainée rouge de sang coulait des deux côtés de son nez. Il ne pourrait pas tenir longtemps. Que quelque chose se produise, que quelque chose se produise. Il arriva à esquiver un autre coup, encore de justesse, mais il perdait du terrain progressivement, et était amené à reculer dangereusement.
    Soudain, il entendit quelqu'un arriver en courant derrière lui, avant d'entendre une voix maintenant familière.

    " Ryu!! Casse toi, vite!!
    C'était Kei, ce con avait mis du temps.
    - Y a une femme inconsciente pas très loin derrière moi! Dépêche toi de la porter, et dis moi quand c'est f..oh putain!
    Il dû faire un saut désespéré en arrière pour esquiver un nouveau coup en diagonale, mais il perdit l'équilibre, et se retrouva à terre. Il se précipita de se relever. L'intervalle entre chaque coup se réduisait, il pourrait plus tenir longtemps, il pria que Kei se dépêches. Il entendit des bruits de pas se précipiter vers la position de la femme inconsciente, puis quelques instants après il entendit Kei crier.
    - C'est bon! Maintenant cours!!! "

    Sans même s'assurer qu'il disait bien vrai, Ryu se retourna et se rua en avant, tandis que le bruit de l'arme ennemie touchant le sol lui indiquait qu'il avait échappé de peu à un nouveau coup. Kei était déjà devant et portait la jeune femme dans ses bras, en courant. Ryu se hâta de rejoindre son compagnon pour le suivre à travers les ruelles.
    " C'était quoi ce truc??!
    La réponse de Kei fut catégorique.
    - Plus tard! Je t'expliquerai en rentrant!
    Ryu n'ajouta rien et se contenta de courir à la même allure que le rasta.
    Au bout d'environ cinq minutes, l'ancien yakuza regarda en arrière et s'aperçut qu'ils avaient fini par semer la lente mais dangereuse statue. Il s'arrêta et fit signe à kei de faire halte.
    - C'est bon, on l'a semé..
    Kei vérifia les dires en regardant à son tour en arrière.
    - Okay..
    Kei déposa délicatement le corps de l'inconnue par terre puis les deux coureurs reprirent leur respiration. Ryu sentait son cœur battre à vive allure, ainsi que le gout désagréable du sang dans sa gorge. Il toucha avec précaution sa blessure. Putain, ce truc l'avait pas loupé, il allait garder une putain de cicatrice vu la plaie. Mais il y avait plus important pour le moment. Il s'accroupit pour observer l'état de la jeune femme. Il prit son pouls et constata avec soulagement qu'elle vivait encore. Puis il vit une grosse tâche rouge sur ses vêtements, qui consistait en une sorte de chemisette courte, avec une veste légère. Il souleva la chemisette et grimaça en voyant ce qu'il y avait en dessous.
    - Oh putain, elle a pas été loupée, elle a une sacrée plaie. Si on fait rien, elle va crever.. elle pisse le sang.
    - Hum? Fais voir.
    Kei inspecta la blessure à la manière d'un médecin, puis il énonça son constat.
    - Faut qu'on se grouille de l'amener à la maison, j'ai de quoi panser la plaie là bas, ici on peut rien faire.
    - Okay, on se bouge le fion alors.
    Ryu prit le relai de Kei en portant à son tour l'inconnue inconsciente dans ses bras, puis en suivant son compagnon d'un pas rapide
    - Sinon, ça va aller ta blessure?
    - T'inquiètes, rien de grave, ça laissera juste une grosse cicatrice. "

    Ainsi ils prirent le chemin de la maison pour la deuxième fois de la journée, d'un pas rapide, sous les ténèbres de la nuit. La vie d'une femme dépendait de leur rapidité.


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